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jeudi 23 janvier 2014

Semaine 3 à Pun Pun

3 secondes en Birmanie
Notre semaine a commencé par une petite escapade quelque peu farfelue...

Quand nous sommes arrivés en Thaïlande à la mi-décembre, nous avions eu le droit à un beau tampon dans notre passeport, nous permettant de rester 30 jours dans le pays. Oui mais 30 jours ce n'est pas suffisant pour tout ce que nous voulons y faire, il nous faut donc renouveler ce tampon.
D'habitude, dans la plupart des pays, pour ce genre d'opération, il suffit d'aller dans le bureau d'immigration d'une grande ville, remplir un petit papier, payer quelques dollars et on en parle plus, mais en Thaïlande c'est différent...

En Thaïlande c'est gratuit pour nous Français, ça c'est chouette, mais par conséquent c'est plus compliqué ! Quand on arrive par avion on a le droit au tampon de 30 jours, si on arrive par voie terrestre c'est 15 jours, ensuite pour le renouveler on peut effectivement aller dans un bureau d'immigration mais ils ne nous permettront que de rester 7 jours supplémentaires...
Si on veut 30 jours de plus il faut sortir du pays et re-rentrer par avion, et si on veut 15 jours, la même chose mais par voie terrestre (à pied, en bus, en voiture, au choix). Il faut faire ses petits calculs et voir ce qui est le plus pratique selon sa situation.

En ce qui nous concerne, nous avons décidé d'aller faire un petit tour en Birmanie en bus pour pouvoir retourner en Thaïlande ensuite et avoir le droit à 15 jours supplémentaires.
Mais voilà où tout ça devient rigolo : normalement pour entrer en Birmanie (qui ne s'appelle plus la Birmanie mais le Myanmar d'ailleurs) on est obligés de prendre l'avion, c'est leur manière de gérer les flots de touristes et aussi de faire marcher l'économie. La frontière terrestre avec la Thaïlande n'est ouverte que pour pouvoir renouveler son visa thaïlandais, c'est ce qu'on appelle faire un visa run, un genre de course au visa !

Voilà donc comment s'est passée notre journée.
8h, départ de Chiang Mai en bus pour la frontière, soit 4h30 de voyage. On sort du bus à la gare routière de Mae Sai où des tuk tuk attendent tout le monde pour nous amener à la frontière (peu de gens vont à Mae Sai pour autre chose que le visa run)

Poste de frontière de Mae Sai
Arrivée à la frontière : tout un tas de bouibouis vendant nourriture, souvenirs, bijoux, café. On sort de la Thaïlande (hop 1 tampon) et on marche jusqu'au Myanmar. Là un officier nous fait un petit tampon nous permettant d'entrer dans le pays, contre la modique somme de 12€. On se rappelle bien que ce n'est pas une vraie autorisation à entrer dans le pays, on a le droit simplement de rester dans le périmètre de la frontière pour ensuite revenir en Thaïlande.



 A ce moment là on a deux choix : aller se promener un peu au Myanmar ou faire tout de suite le tampon de sortie et revenir sur nos pas. L'officier nous a d'ailleurs demandé "Shopping or Thaïland ? " ce qui explique bien la situation : de l'autre côté de la frontière tout un tas de marchands vous attendent pour vous vendre plein de choses à prix réduits ! En ce qui nous concerne on a préféré retourner en Thaïlande, récupérer notre 4e tampon de la journée sur le passeport. C'est là qu'on a découvert que maintenant ils permettent aux personnes arrivant par voie terrestre de rester 30 jours et non 15 : grand moment de dépit où on regrette avoir déjà acheté nos billets pour le Cambodge...


 Puis 4h30 de bus pour retourner à Chiang Mai, soit 9h de bus pour 15 minutes passées à la frontière ! Une belle manière de faire marcher l'économie d'une ville où il n'y a rien d'autre à faire : on y amène des touristes et on y installe des cafés et des magasins de souvenirs ! Bien joué !



A Pun Pun
Et notre semaine de construction à Pun Pun continue, avec un rythme un peu plus détendu. Il faut dire qu'après 2 semaines à porter des briques, tout le monde a envie de ralentir un peu. On en a profité pour voir et apprendre d'autres choses : la récolte des graines (dont Alex parlera un peu plus ci-dessous), apprendre une technique de massage thérapeutique chinoise appelée Gua Sha, faire du vin de riz, du tofu et aussi du savon.

Dans le petit salon de thé qu'il y a ici sont mis en vente quelques cosmétiques naturels : shampoing, dentifrice, baume, et savon. De tous c'est leur savon que je préfère, c'est la première fois que je trouve un savon fait maison aussi efficace et agréable à utiliser. Pour ceux que ça intéresse voici la petite recette.


En gros on utilise de l'huile de coco, de l'huile de palme (mais ça c'est pas terrible pour l'environnement, on peut n'utiliser que de l'huile de coco si on veut), de la soude caustique (attention aux mains, ça pique) et de l'eau. Ensuite on ajoute quelques gouttes de l'huile essentielle de son choix pour la bonne odeur, des morceaux de ce que l'on veut pour exfolier (haricots mungo coupés en petits morceaux, ou ici de l'écorce de riz) et de la cannelle et du café en poudre pour leurs bienfaits sur la peau.



C'est très simple, la seule astuce c'est de mélanger tout ça bien longtemps (1h) pour que tout s'unifie avant de mouler les savons. Il faudra ensuite attendre 1 à 2 mois pour les utiliser, le temps que la soude caustique perde son effet agressif sur la peau.

Et on mélange !
 Mais retournons à notre maison, où nous avons fini de monter les poutres de toit, les portes et les fenêtres.

Tout le reste de la semaine a consisté à terminer notre enduit de terre, car la semaine prochaine on attaque les peintures (naturelles évidemment !) et il faut que l'enduit sèche entre-temps.




L'enduit on en a déjà parlé c'est boue + sable + écorces de riz. On l'applique à la paume de main et on vient ensuite lisser à la truelle. Maintenant que la maison en est recouverte, elle prend une toute autre allure. Il y a des craquelures ici et là mais c'est tout à fait normal, et avec notre couche de peinture on n'y verra plus rien.

On brasse l'enduit





La semaine prochaine c'est donc toiture, peintures, finitions et enduits à la chaux sur les parties de la maison les plus exposées aux intempéries et déjà notre atelier prendra fin...
Oh et maintenant nous avons un escalier aussi !

Sous l'arche du haut : l'enduit fait par notre équipe franco-Philippine !
La minute des amis terriens (par Alex)
Je sème ce que je récolte
Ce qui est bien à Pun Pun, c'est qu'il y a une bibliothèque avec des livres en libre accès, et une sacrée collection de bouquins intéressants sur l'agriculture naturelle. Mine de rien, on a pas mal de temps libre entre la construction et autres ateliers cosmétiques pour errer çà et là, aider au jardin, parler à quelqu'un, aider en cuisine, etc.

Mais parmi toutes ces activités récréatives mon petit passe temps favori, c'est la lecture de livres sur  "Comment récolter ses propres graines".
Récolter ses propres graines lorsqu'on jardine peut paraître pour certains une perte de temps ou une activité un peu superflue, qui plus est lorsqu'on sait que notre espace est limité, mais c'est en fait une pratique résolument activiste au regard de notre société.

Graines qui sèchent à Pun Pun

Car lorsqu'on veut commencer à jardiner, il faut bien se procurer des graines, sans graines, pas de carottes ou de salades. Mais où se procure-t-on ces graines ?
C'est là que ça devient rigolo ! Ces graines sont vendues à prix souvent élevé (3 à 4€ le sachet) par des compagnies intimement liées à l'industrie pétro-chimique et génétique des plantes.

Que font ces vendeurs de semences ?
Ils sélectionnent des graines (appelées de manière barbare Hybrides F1) qui "en moyenne" ont un pouvoir de germination très élevé, capables de résister aux maladies, à tous les climats, à tous les prédateurs. En vérité, ce sont donc des moyennes carottes et moyennes salades qui auront le même goût que vous habitiez le Nord ou l'Aveyron. De plus, ces graines ont été sélectionnées pour leur résistance à certains herbicides et fongicides vendus … par la même société, tiens quel hasard !
Autrement dit, elles sont manipulées pour que le jardinier soit satisfait du résultat, à n'importe quel prix, sous n'importe quel climat, avec n'importe quel "améliorant".
Du tout cuit, mais qui a un prix ! Celui de la dépendance.
Alors on est tout content, on a acheté ses laitues à Jardiland pour avoir un jardin "bio", mais en faisant ça, on donne de l'argent à une industrie qui vend du vivant, du patrimoine génétique.

Récolter ses propres semences lorsqu'on est jardinier permet en outre de développer de nouvelles variétés de légumes ! Imaginezla diversité de légumes si chaque jardinier que vous connaissez avait créé sa propre variété : la courge "Dédé", la tomate "Gisèle", le chou "Michou", l'oignon "Stanis", bref, avec chacun sa petite caractéristique, parce que celui est plus sucré, qu'il contient plus d'amidon, qu'il est plus gros, ou qu'il tient plus longtemps l'hiver, etc. etc.

Récolter ses graines, c'est être un peu créateur de goût, observer la nature faire sa magie. Bien sûr il existe des techniques très spécifiques pour pouvoir créer ses espèces préférées, ou simplement les sélectionner. Mais ce qui est sûr, c'est qu'avec un minimum de savoir et d'observation, on peut adapter à notre sol, notre climat et micro-climat la moindre espèce végétale et la rendre chaque année un peu plus adaptée, et chaque année, un peu plus différente de celle du voisin. C'est ce qu'on appelle l'évolution des espèces, où des petites mutations génétiques apparaissent chaque instant !

Alors, en clair, et pour faire activiste jardinier : Arrêtez d'acheter Gamm'Vert ou Jardiland ! Même des sachets labellisées "Bio" ne sont pas recommandables.
Procurez-vous des graines chez vos voisins, le fermier d'à côté, l'oncle Hubert, peu importe, mais ne cautionnez pas la vente de produits standardisés qui nous rendent dépendants de notre nourriture.
Petite info : Vous pouvez récolter les graines de vos courgettes issues d'un sachet Gamm'Vert, mais vous avez toutes les chances de voir vos récoltes diminuer années après années en les resemant, car celles-ci ont été spécialement manipulées pour des hauts rendements sur une année seulement, et fait en sorte que vous rachetiez des nouveaux sachets tous les ans...
Commencez par des graines non manipulées de sources sûres !

Il existe aujourd'hui partout dans le monde des banques de graines comme à Pun Pun, où les graines sont distribuées gratuitement, ou à prix modique. Informez-vous, même sur Leboncoin.fr vous trouverez des gens qui vendent leurs graines de persil pour rien du tout.
Dans le Nord, il existe à Mouscron (Belgique) le Jardin des Fraternités Ouvrières qui vendent des sachets de graines pour 50 cts le paquet, issues du terroir.
Une association française appelée Kokopelli se bat depuis des années pour faire valoir le droit aux semences. Vous pouvez commander leurs graines sur leur site internet.

Rendez-vous pris cet été pour goûter les Courgettes "Lorenzo" les Melons "des Mimo" et les chous "Michou".


Hibiscus fraichement récolté
Puis fraichement décortiqué pour garder les graines et nous faire de bonnes tisanes
La salle à manger
Coin détente
Les voisins ont repiqué leur riz







vendredi 17 janvier 2014

Semaine 2 à Pun Pun

Des briques, des briques, des briques
Notre petite maison prend de la hauteur cette semaine !
Le chantier continue à avancer à grande vitesse et tout prend forme de plus en plus précisément, c'est vraiment stimulant !
Nous avons commencé la semaine par le 2e étage. Tout d'abord il faut  installer le plancher pour pouvoir continuer à construire. Ici, on utilise des vivaboards : des planches d'aggloméré et de ciment, très populaires en Thaïlande. Nous on trouve ça plutôt moche et on préfère le beau parquet, mais ces planches sont beaucoup moins chères et surtout feront face aux termites sans sourciller. Soit. 


Ca s'affaire sur le plancher du 2e étage
Une fois le plancher posé, tous à l'attaque des murs du 2e étage ! Ça va un peu plus vite parce qu'une grande partie du 2e sera une terrasse, mais il faut maintenant monter les briques et on commence tous à avoir de sacrés biceps...
Pendant que certains s'affairent avec leurs briques et leur boue, d'autres posent les fenêtres du 1er étage, et ça y est ça ressemble bel et bien à une maison !

1ère fenêtre

Pour les fenêtres, ni clous ni vis. On vient caler la fenêtre, à niveau, dans son emplacement dédié et on calfeutre tout autour avec du torchis (paille et boue).

Il est aussi temps de délimiter le passage des fils électriques dans les murs du 1er étage. Avec une machette on va creuser les briques pour laisser la place aux boîtiers et au tuyau de PVC qui contiendra les fils électriques. Le tuyau sera ensuite recouvert par l'enduit posé sur les murs.




Et voilà le moment le plus attendu : l'enduit !
Oui parce que toutes ces briques c'est bien beau, mais quand on est 15 débutants à les poser le résultat final peut légèrement ressembler à une ruine. L'enduit va venir corriger les défauts et recouvrir la maison pour la rendre toute lisse et jolie. Sympa non ?
La base de l'enduit c'est : boue + écorce de riz + sable, maintenant il faut faire des tests de proportion pour savoir ce que l'on veut et comparer les différents rendus une fois l'enduit séché.

Tests de différents enduits, directement sur le mur
Ici nous avons opté pour un mélange comportant beaucoup de matières sèches : 1 brouette de boue pour 1 brouette 1/2 de sable et 1 brouette 1/2 d'écorce de riz. Ce dernier ingrédient peut être remplacé chez  nous par de la paille coupée finement.

Alex malaxe l'écorce de riz
L'enduit vient s'appliquer à la paume de la main sur les murs, dans un beau geste de bas en haut. Ça demande un peu de pratique mais ce n'est pas bien compliqué. Une fois qu'on a une belle surface remplie, on vient lisser tout ça à la truelle et là c'est la grande transformation !



Nous n'avons fait que commencer sur quelques bouts de mur mais déjà à la fin de la semaine prochaine, la maison devrait avoir un look bien différent. C'est en tout cas la première couche d'enduit, qui sera suivie d'une autre plus fine pour corriger les imperfections (notamment si la première couche a des craquelures à cause de l'humidité).

Mais revenons à notre 2e étage : la vue là-haut est si jolie que nous avons décidé d'y ajouter une nouvelle fenêtre, et pour apprendre de nouvelles technique, pourquoi pas faire une arche plutôt ?
Une arche c'est tout bête, voilà la petite explication en image, réalisée au sol pour qu'on comprenne tous bien avant d'aller tester sur la maison.

On prend un moule bien large qu'on place sur 2 bâtons de bois (ce sera plus simple pour l'enlever ensuite)
Et autour de ce moule, on place nos briques avec une bonne couche de boue entre elles, et des cailloux pour donner l'inclinaison
On monte de chaque côté jusqu'à atteindre le centre
Une fois le centre atteint il faut tailler une brique qui fasse exactement la même taille que le trou
Et on vient la caler en tapant dessus jusqu'à ce qu'elle trouve sa place, c'est notre clé de voûte
Si tout a bien été fait, même pas besoin que ça sèche, on peut tout de suite enlever le moule en enlevant les bouts de bois qui étaient calés dessous
Et c'est tellement solide qu'on peut même s'amuser dessus !
Et voilà à quoi ressemble notre maison après une 2e semaine de travail !
Ça bosse pas mal vous ne trouvez pas ?


L'ébullition dans les cerveaux

En début de semaine, nous avons eu un cours de design : chacun prend un papier et un crayon et dessine sa maison pour qu'on puisse en parler et s'échanger des idées.
Et bien vous savez quoi ? Nous sommes restés de longues heures face à une feuille de papier vide : il était temps pour nous de réaliser que jamais nous n'avions essayé de dessiner les plans de notre maison et qu'en fait nous ne savions pas à quoi elle pourrait ressembler.
Bien oui, autant nous avions déjà dessiné des itinéraires de voyage, ou des plans de jardin, mais une maison... Quelle forme ? Quelle taille ? Quelles pièces ? Quels matériaux ?  Que de questions sans réponses...
Plutôt que de nous arrêter là, ce petit exercice nous a donné une envie folle de dessiner des croquis car oui, notre maison nous la construirons (avis aux bras amateurs). 

Soirée croquis
A force de gribouillages et de retournements de cerveaux, nous y voici, nous avons trouvé un design de maison qui nous convient très bien, notre maison existe sur papier et c'est tout excitant ! Mais ça reste difficile de s'imaginer les espaces en taille réelle, c'est alors qu'Alex a une grande idée : on va utiliser les briques que nous avons tout autour de nous pour voir notre maison grandeur nature !

Alex au milieu du salon !
Notre amie danoise Liv, et Alex construisent nos escaliers...
.... puis font une petite pause sur notre canapé fictif
Et voilà la maison vue d'en haut
Construire sa maison ce n'est pas si compliqué c'est surtout : de l'idée, du temps, de l'énergie et des matériaux et on s'en sent capables. D'autant plus qu'on sait comment on voudrait la construire : pas avec des briques en terre crue qui mettront trop de temps à sécher sous notre climat humide mais en ballots de paille.
Oui vous avez bien lu ! Les murs seront en ballots de paille.
Ça peut paraitre saugrenu mais c'est une technique de construction qui existe depuis des centaines d'années.
On vous conseille de regarder ce petit documentaire (ça commence en Allemand sous-titré français mais ensuite ce n'est qu'en français), message personnel à mon papa : regarde bien sagement le documentaire car nous aurons bien besoin de toi(t) !



Attention à vous, une fois que vous aurez regardé ce documentaire vous aurez envie d'aller construire votre maison illico ! D'ailleurs c'est un peu ce qui nous arrive. Nous sommes en train de voyager, à des milliers de kilomètres, et on dessine des plans de maison... On se sent tiraillés entre l'envie de continuer et l'envie de s'installer, mais entre nous il y a pire comme tiraillement.

Et pendant ce temps...
Construire une maison, avoir un jardin, voilà des choses qui motiveraient notre retour.
Mais si ce sont des choses qui nous manquent tant, pourquoi ne pas les avoir au présent ?
Ici nous avons le temps : les sacs à dos sont vidés, les affaires pliées dans une armoire, nous sommes posés. Alex a donc décidé d'en profiter pour jardiner !
Il s'est accaparé un tout petit bout de terre devant notre fenêtre pour y faire ses tests de savant/jardinier fou et le voilà bien heureux, nul doute que la campagne nous fait le plus grand bien !


J+1 - quelques germes apparaissent
J+2 : les cotylédons ! 


On ne sait pas si nous aurons le temps de manger les salades que l'on micro-aperçoit sur les photos, ou les flageolets qui ne sont même pas encore sortis, mais quel bonheur de ralentir le rythme en observant les choses pousser et en mettant les mains dans la terre.

vendredi 10 janvier 2014

Semaine 1 à Pun Pun

Pun Pun éco-village
Nous voici arrivés dans cet havre de paix qu'est Pun Pun.
Pun Pun en thaï, c'est le nom des petits pains de blé fourrés à la viande ou aux haricots rouges et à la noix de coco (miam), mais c'est aussi le nom de cet éco-village situé au Nord-Est de Chiang Mai, voici leur site.

Ici vivent à l'année 9 foyers soit une vingtaine de personnes. A la base la communauté a été créée par Jo (thaï) et Peggy (américaine). Ils ont acquis un grand bout de terrain sur le versant d'une montagne et ont commencé à planter des arbres et cultiver toutes sortes de plantes locales courantes et oubliées, à fonder une banque de graines libre d'accès, et surtout à construire leur maison, car c'est leur spécialité ici : bâtir avec des matériaux naturels, selon des techniques traditionnelles.

Maison de Jo et Peggy


Peu à peu, des personnes intéressées par leur projet sont venues se greffer pour former un éco-village, en majorité des thaïs. Nous avons été tout de suite impressionnés d'observer à quel point la communauté fonctionne bien : chaque foyer a sa maison individuelle construite par toute la communauté, il n'y a qu'une seule énorme cuisine et les repas sont pris tous ensemble (donc il y a un roulement au niveau des cuisiniers), des espaces de rassemblement ont été mis en place : une bibliothèque et un bâtiment dédié pour se rassembler, si jamais quelqu'un souhaite donner un cours de quelque chose... Même si tout le monde touche à tout, il y a des personnes bien désignées pour s'occuper de la liste des repas, de la collecte des graines, etc. et la communauté est inter-générationnelle : de 2 à 44 ans.

Salle commune
L'argent ici vient en partie de leur café-terrasse, où les visiteurs affluent pour boire un jus de fruit frais, manger des cookies, et acheter du savon ou du shampoing naturel, mais surtout des séminaires et des cours donnés. Pun Pun accueille en effet des personnes désireuses d'apprendre un savoir-faire, une ou des techniques, sur une période qui peut varier de quelques jours à plusieurs mois.
Dans notre cas, il s'agit d'apprendre à construire une maison en un mois. Nous sommes accueillis dans des maisons en terre crue ou en bambou où chacun a sa chambre, avec des sanitaires en commun. Bref, on se sent à la maison !

La maison construite lors du cours de l'année dernière : c'est celle où nous dormons maintenant



Premiers jours
Nous sommes un groupe de 17 personnes : de 6 à 58 ans ! 2 philippines, 2 américains, 3 thaïs, 1 malais, 1 australien, 1 danoise, 1 français de Nouvelle-Calédonie, 3 français (nous compris), 1 anglaise, 1 indien, et 1 chinoise et vous savez quoi ? La chinoise en question on la connait ! Comme le monde est petit ! Il s'agit de Lia, qui a une ferme à Hangzhou, où nous avions passé 10 jours (là où nous chantions le petit navire !). On n'en revenait pas de se retrouver là !

Nous travaillons 5 jours sur 7, avec le vendredi et le samedi off. La journée commence au son de la cloche à 8h30 pour le petit-déjeuner, puis nous travaillons de 9h à 12h, on mange et on fait la sieste parce qu'il fait trop chaud pour faire autre chose. On reprend ensuite le travail de 14h30 à 17h30. Vient ensuite le temps de la douche, puis à 18h nous allons au cours de yoga donné par notre camarade indien Sampath. On mange vers 19h, on discute, on joue à des jeux, ou on va vite se coucher quand la journée de construction a été fatigante !

Nous avons commencé tout en douceur. Pour notre premier jour, nous avons pris le temps de nous familiariser avec les lieux et le fonctionnement de la communauté, Jo nous a fait une visite guidée. Pour ceux qui connaissent, Jo c'est le Pierre Rabhi thaïlandais, et pour ceux qui ne connaissent pas, c'est une personne sage, d'une gentillesse et générosité débordante. Il a une approche très positive des questions environnementales et de l'humain en général. Quand on discute avec lui on a l'impression que tout est possible.




Première promenade ici et déjà tout un tas d'idées à retenir, on se sent stimulés ! On a entre autres pu aussi admirer leur dispositif de douches solaires fait maison : 2 barils peints en noir dans un caisson hermétique avec une épaisse plaque de verre sur le dessus.


On a vu comment faire fonctionner une cuisine pour tant de monde avec un nombre limité de feux : en utilisant le principe de la marmite norvégienne ! On crée un caisson qu'on isole à l'intérieur et à l'extérieur avec n'importe quelle matière adéquate (mousse, laine, etc.). On porte à ébullition son riz, ses haricots, ou ce qu'on veut, sur le feu et on place ensuite la marmite dans ce caisson. Il va garder la chaleur et terminer la cuisson : on économise ainsi de l'énergie (gaz, électricité ou bois) et on gagne du temps pour cuisiner autre chose sur le feu.

Comment filtrer son eau de pluie en la faisant traverser des conteneurs de cailloux, de sable fin et de charbon, pour qu'elle devienne ensuite potable.

Ou encore, comment faire son propre charbon de bois (notamment pour l'utiliser pour filtrer l'eau de pluie), à partir d'un vieux baril et d'un peu de soudure.


Mais nous sommes bel et bien là pour construire, et ça avance !

Notre maison en terre !
Première étape : faire des briques en terre ! Comme ils nous en faut 1500 pour la maison que nous allons construire, le travail a été mâché pour nous et une grande partie a déjà été préparée.
Mais pour ne rater aucune étape de la construction, nous avons tout de même eu le droit à notre après-midi briques.
La technique est simple : on mixe de la terre et de l'eau et de l'écorce de riz (chez nous on peut utiliser de l'écorce de blé ou de la sciure de bois) on piétine avec les pieds et quand on a la texture voulue on moule ça en forme de briques. Et voilà le matériau principal de la maison terminé (enfin, après 7 jours de séchage ici) !

On prépare le bassin de boue ! Le moule à briques est aux pieds de Krit, notre instructeur.
Briques qui sèchent
Les briques en terre ont tout un tas d'intérêt : déjà leur prix, elles seront aussi réutilisables si on décide de détruire la maison, si elles sont ratées ont peu simplement les remettre dans l'eau et refaire de nouvelles briques avec la matière, et enfin, on peut très facilement les découper avec un grand couteau ou une mâchette, et les creuser si nécessaire.

Une maison qui a été abattue à cause des termites mais on peut réutiliser les briques !
 Deuxième étape : les fondations. Ici il faut avoir une chose en tête : les termites. Les fondations ont intérêt à être costaud pour ne pas les laisser envahir toute la maison, alors après de nombreux essais, ils ont décidé de les faire en béton. Pour nous c'était un peu décevant... Quand on sait à quel point l'industrie du ciment est polluante, on n'a pas trop envie de faire du béton dans un cours de construction en matériaux naturels... Mais ici pas le choix visiblement. On a quand même évoqué les alternatives pour nos différents climats : pour nous ce sera certainement des fondations en pierres taillées ou en vieux pneus recyclés remplis de terre compactée.



 On a évidemment mélangé le béton à la force des bras. A tous deux cela nous a rappelé des souvenirs d'enfance avec nos papas ! Au sol on a dessiné avec des briques les contours intérieurs et extérieurs de la maison, et entre ces deux couches on a placé du bois souple, pour que le béton, une fois coulé, ait déjà des contours lisses (ce qui nous fera gagner du temps).



On a coulé le béton en plusieurs couches, avec entre deux, des longueurs de bambou pour tout renforcer (à la place des tiges de métal utilisées conventionnellement). Évidemment on coule moins de béton au niveau des portes, pour éviter une marche gigantesque à grimper quand on voudra rentrer dans la maison...

Du bambou dans le béton
Une fois le béton suffisamment pris mais pas encore complètement (ici ça nous a demandé 4h), on enlève les briques et les planches de bois souple et on va venir enduire le béton avec un mélange ciment et eau (la consistance d'un guacamole bien crémeux), tout ça pour bien éviter que toute humidité puisse s'infiltrer. A nous les spatules et le dos courbé, heureusement qu'on est nombreux !


Tadam ! Les fondations sont coulées !
Tous aux spatules !

 Le lendemain on peut déjà passer à la troisième étape : la pose des briques ! On ne pensait pas que ça irait si vite. Comme mortier on utilise de la boue, autant vous dire qu'on passe toutes nos journées à patauger dans la gadoue ! Une bonne couche de mortier et on vient poser nos briques comme s'il s'agissait de briques conventionnelles ! La seule différence c'est qu'elles sont souvent irrégulières et qu'il faut ruser parfois pour avoir un mur droit. Évidemment une maison en briques de terre n'aura pas les murs parfaits d'une maison conventionnelle, mais ça en fait le charme !


2 bassins de boue pour pouvoir alterner et ne jamais manquer de matière !
La première brique est posée ! On commence toujours par les coins !

C'est parti pour empiler les briques, et une fois encore, comme on est nombreux ça va vite !


Fin de notre première journée de briques
Le mur sur lequel nous on a travaillé
Très vite on arrive au niveau des fenêtres (qu'on placera à la fin parce qu'avec le nombre de personnes que nous sommes sur le chantier, un accident pourrait vite arriver), on laisse donc des trous et arrivés au niveau du linteau, on place une planche de bois dur, ici souvent du bambou, pour continuer à poser les briques par dessus. Tout est très simple.





Fenêtre, linteau et vue magnifique
Quand on a un trou entre 2 briques, ou pour faire tenir notre linteau, on fait un peu de torchis (basiquement de la paille trempée dans de la boue) pour venir renforcer ou combler.

Fin de la 2e journée de pose de briques : 1er étage terminé
Quand on a atteint la hauteur du 1er étage (2m50), il est temps de venir placer les poutres en métal qui soutiendront le 2 étage. Là le rythme du travail se ralentit car il faut faire attention à ce que toutes les poutres soient bien à niveau pour avoir un sol droit... Pour cela on utilise la technique du tuyau transparent rempli d'eau, qu'on avait déjà utilisée à Hangzhou. L'intérêt des briques en terre c'est qu'on peut les creuser à la machette pour que la poutre puisse rentrer dedans.
Ici nous avons 4 poutres sur la largeur et 9 poutres sur la longueur, qui une fois placées, sont soudées entre elles à l'arc électrique.



Et voilà notre première semaine de travail terminée, la semaine prochaine nous attaquons le 2e étage !
Pas compliqué de construire une maison à moindre coût non ? Celle-ci coûtera, tout compris, 3600€.


Oh et juste un petit bonus pour ma maman :

Ouverture du colis de Noël

Le jeu a beaucoup de succès !
Julia, nous avons également reçu ton adorable paquet, mais on l'a ouvert trop vite pour prendre des photos ! Merci merci !